« Britannica » : l’Albanie à travers les siècles, d’un passé tumultueux à une perspective européenne

L’histoire de l’Albanie est étroitement liée à l’évolution historique des Balkans — des anciennes civilisations illyriennes et de la domination romaine à la diffusion du christianisme et aux transformations qui ont façonné la région au fil des siècles —, comme l’indique *Britannica* dans un article consacré à l’histoire du pays.
À l’époque moderne, le pays a connu de profondes mutations politiques, économiques et sociales, notamment après la chute du communisme en 1990.
La transition vers la démocratie, les crises des années 1990, les relations avec les pays voisins et l’intégration euro-atlantique ont marqué des étapes clés du développement de l’Albanie, aboutissant à son adhésion à l’OTAN en 2009 et à l’obtention du statut de candidat à l’UE en 2014.
L’Albanie et les Illyriens dans l’Antiquité
Les Illyriens et les Thraces
Les preuves archéologiques indiquent que les Balkans étaient peuplés bien avant la période du Néolithique — l’âge de la pierre polie —, remontant à quelque 10 000 ans.
À l’aube de l’histoire documentée, deux peuples indo-européens prédominaient dans la région : les Illyriens à l’ouest et les Thraces à l’est, séparés principalement par l’étendue géographique des vallées de la Morava et du Vardar. Les Illyriens, ethniquement apparentés aux Thraces, occupaient à l’origine un vaste territoire s’étendant de la péninsule d’Istrie jusqu’au nord de la Grèce et vers l’intérieur des Balkans, jusqu’à la rivière Morava.
Au IVe siècle av. J.-C., ils ont été repoussés vers le sud par les migrations celtes.
Par la suite, leur territoire ne s’étendait guère au-delà de la rivière Drin.
La société illyrienne, tout comme celle des Thraces, était organisée en tribus qui s’affrontaient fréquemment entre elles ainsi qu’avec des peuples extérieurs.
Face à la menace celte, les Illyriens ont formé une entité politique plus unifiée, mais celle-ci a été également détruite par la Macédoine.
Plus tard, les Illyriens sont devenu principalement connus pour leur piraterie, qui perturbait le commerce de nombreuses colonies grecques le long de la côte adriatique.
Les Romains ont été également touchés par ces activités et intervinrent militairement. Au début du IIIe siècle av. J.-C., ils ont annexé une grande partie du territoire illyrien.
Toutefois, un royaume illyrien centré sur l’actuelle ville de Shkodër, en Albanie, demeura une force politique majeure jusqu’en 168 av. J.-C., date à laquelle il a été anéanti par les armées romaines. L’Albanie sous l’Empire romain.
Après l’abandon de la Dacie par les Romains dans la seconde moitié du IIIe siècle, l’Empire romain a commençé à connaître des transformations profondes.
Les Romains se distinguaient des autres grands conquérants des Balkans par le fait qu’ils avaient d’abord pénétré dans la partie occidentale de la péninsule.
À l’apogée de la puissance romaine, les peuples des Balkans ont atteint un degré d’unité inédit dans leur histoire.
Ils partageaient un système juridique commun, une autorité politique suprême unique et une sécurité garantie par l’armée romaine.
La *Via Egnatia* — ou voie Egnatia — joua un rôle majeur durant cette période ; il s’agissait d’une voie terrestre essentielle reliant l’Orient et l’Occident.
Elle débutait à Dyrrachium (nom antique de l’actuelle Durrës), traversait la Macédoine du Nord, atteignait Thessalonique (en Grèce) et se prolongeait vers la Thrace.
La partie nord-ouest des Balkans — incluant la Dalmatie, le long de la côte adriatique, et la Pannonie, près des fleuves Danube et Save — a été organisée en province romaine d’Illyricum. Parallèlement, les territoires de l’actuelle Serbie orientale ont été intégrés à la province de Mésie, qui s’étendait plus à l’est — entre la chaîne des Balkans et le Danube — jusqu’à la mer Noire.
Les Albanais et la diffusion du christianisme
En 330, la capitale impériale a été transférée à Byzance, ville rebaptisée plus tard Constantinople.
En 391, le christianisme est devenu la religion officielle de l’empire et, en 395, celui-ci a été divisé en deux parties. La ligne de démarcation traversait les Balkans.
L’Illyricum aété rattaché à la partie occidentale, administrée depuis Rome, tandis que les autres territoires appartenaient à la partie orientale, gouvernée depuis Byzance.
Au Ve siècle, les Balkans ont été dévastés par les incursions de divers peuples, notamment les Alains, les Goths et les Huns.
Les Slaves étaient avant tout des colons et des agriculteurs, et non des peuples vivant uniquement de pillages.
En l’espace d’un siècle environ, ils sont devenu un élément majeur de la région. Dans la seconde moitié du IXe siècle, les Bulgares et les Serbes ont adopté le christianisme selon la tradition byzantine plutôt que romaine.
Les Albanais, isolés par leurs massifs montagneux, ne subirent pas d’influence significative de l’une ou l’autre branche du christianisme durant cette période.
Les divisions et les rivalités entre Rome et Constantinople se sont accentuées jusqu’à ce que, en 1054, les deux Églises finissent par se séparer.
En conséquence, les Croates et les Slovènes ont intégré l’Europe catholique romaine, tandis que les Serbes, les Bulgares et les Roumains ont rejoint les Grecs dans la tradition du christianisme orthodoxe.
L’Albanie après la mort d’Enver Hoxha
Après la mort de Hoxha en 1985, son successeur désigné, Ramiz Alia, a tenté de préserver le système communiste tout en entreprenant des réformes progressives pour relancer l’économie, laquelle connaissait un déclin constant depuis l’arrêt de l’aide des anciens alliés communistes.
À cette fin, il a autorisé certaines formes d’investissements étrangers en Albanie et a développé les relations diplomatiques avec les pays occidentaux.
Cependant, après la chute du communisme en Europe de l’Est en 1989, divers segments de la société albanaise se sont politisés et ont commencé à s’opposer au gouvernement.
Les groupes les plus mécontents étaient les intellectuels et les travailleurs — qui avaient traditionnellement constitué l’avant-garde des mouvements et organisations communistes — ainsi que les jeunes Albanais, désabusés par des années d’isolement et de restrictions. Face à ces pressions, Alia a accordé aux citoyens albanais le droit de voyager à l’étranger, a réduit les pouvoirs de la police d’État (Sigurimi), a rétabli la liberté religieuse et a pris des mesures pour amorcer une transition vers une économie de marché.
En décembre 1990, Alia a soutenu la formation de partis politiques indépendants, marquant ainsi la fin du monopole officiel du Parti communiste sur le pouvoir.
À chaque concession faite à l’opposition, le contrôle absolu de l’État sur la société albanaise s’affaiblissait.
Une instabilité économique, sociale et politique persistante a entraîné la chute de plusieurs gouvernements.
En mars 1992, l’opposition anticommuniste, menée par le Parti démocrate, a remporté une victoire électorale décisive.
Alia a démissionné de la présidence et a été remplacé par Sali Berisha, devenu le premier dirigeant démocratique de l’Albanie depuis l’évêque Fan Noli.
L’Albanie démocratique
Les progrès de l’Albanie en matière de réformes démocratiques ont permis au pays de rejoindre la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, connue aujourd’hui sous le nom d’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Cette adhésion a marqué la fin officielle de l’isolement de l’Albanie. Les efforts visant à instaurer une économie de marché ont provoqué d’importants bouleversements économiques et sociaux, tout en ouvrant la voie à l’obtention d’une aide substantielle de la part des pays développés.
Dans ce contexte, l’Albanie a commencé à aligner ses politiques et ses institutions sur celles de l’Occident, une région que les Albanais considèrent historiquement comme leur propre sphère culturelle et géographique.
La crise de 1997
En 1997, l’économie albanaise s’est effondrée après que de nombreux citoyens ont perdu leurs économies dans diverses escroqueries financières de type pyramidal.
Des forces de maintien de la paix des Nations unies ont été déployées en Albanie pour aider à rétablir l’ordre à la suite des troubles civils qui ont suivi.
Lors des élections législatives organisées plus tard cette même année, le Parti socialiste d’Albanie a remporté une victoire écrasante.
Il a conservé le pouvoir lors des élections de 2001, à la tête de la coalition « Alliance pour l’État ».
La guerre au Kosovo et les relations avec la Macédoine du Nord
En 1999, environ 450 000 Albanais de souche ont trouvé refuge en Albanie, fuyant la guerre au Kosovo, région qui faisait alors partie de la Serbie. Les tensions ethniques ont également affecté les relations de l’Albanie avec la République de Macédoine en 2001, lorsque l’importante minorité albanaise de ce pays a lancé une insurrection armée.
En 2003, les tensions s’étaient apaisées ; l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Croatie ont alors convenu de coopérer dans la lutte contre le crime organisé.
L’Albanie de 2005 à l’adhésion à l’OTAN
À la suite des élections législatives de 2005, le Parti démocrate est revenu au pouvoir et l’ancien président Sali Berisha a été nommé Premier ministre.
Il a œuvré à la mise en œuvre de réformes économiques et sociales visant à rapprocher l’Albanie de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Ces efforts comprenaient des mesures destinées à réduire les taux de criminalité élevés, à combattre la corruption et à endiguer le trafic de drogue.
En 2008, l’Albanie a officiellement reçu une invitation à rejoindre l’OTAN et, le 1er avril 2009, elle est devenue membre à part entière de l’Alliance. Berisha est resté Premier ministre après les élections législatives de juin 2009, lors desquelles les démocrates ont battu les socialistes de justesse. Les résultats officiels ont été annoncés près d’un mois après la fin du scrutin, suite à la demande des socialistes d’un recomptage des voix.
Les élections de 2013 et l’administration d’Edi Rama
La campagne pour les élections législatives de juin 2013 s’est déroulée dans le calme et l’ordre.
Les résultats ont marqué un tournant majeur dans le paysage politique albanais.
Les socialistes, dirigés par l’ancien maire de Tirana, Edi Rama, ont remporté une large majorité de sièges au Parlement. Sali Berisha, figure dominante de la politique albanaise depuis la chute du communisme, a reconnu sa défaite.
En 2014, l’Albanie a obtenu le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne.
Toutefois, la progression vers une adhésion à part entière dépendait de la mise en œuvre d’importantes réformes politiques et économiques.
La coalition dirigée par le Parti socialiste de Rama a remporté les élections locales de juin 2015, s’imposant dans 46 des 61 mairies en jeu.
Selon l’Encyclopædia Britannica, ces élections ont marqué un tournant positif dans l’histoire post-communiste de l’Albanie.




